Lundi 4 juin 2007
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Pierre Carassus
«Il faut un équilibre des pouvoirs»
A la veille du premier tour des élections législatives, Le Citoyen a interviewé Pierre Carassus, candidat à la députation sur la troisième
circonscription de Seine-et-Marne. Il nous explique sans langue de bois les raisons de son engagement.
Le Citoyen : Ces élections législatives s’annoncent redoutables pour la gauche ?
Pierre Carassus : Pour moi, ce qui est redoutable, c’est l’aggravation de la situation sociale en Seine-et-Marne comme dans tout le
pays, en particulier en ce qui concerne les plus défavorisés. Il y a quelques années, comme agent de tri à la poste, je prenais le train tous les jours pour aller travailler ; c’était
éprouvant. Or, depuis, les conditions de transports se sont aggravées : retards, inconfort, insécurité…Bref pour ne prendre comme seul exemple que le service public des transports,
force est de constater que le manque de moyens attribués par l’Etat a pour conséquence une détérioration de la vie quotidienne de la majorité de nos compatriotes.
Derrière tout cela, il y a la dictature de l’argent sans frontières. A un pôle de la société, les bénéfices record des entreprises du CAC 40 ; à l’autre
pôle, le chômage, la précarité, et les bas salaires…C’est pour changer cela que je me présente.
Le Citoyen : Il n’empêche que plusieurs commentateurs considèrent ces élections perdues d’avance.
La presse locale annonce même que le député sortant de la troisième circonscription pourrait être nommé Secrétaire d’Etat…
Pierre Carassus : Les sondages prévoient une majorité de sièges pour la droite mais dans le même temps une progression des voix
pour la gauche ! C’est inquiétant pour la démocratie. Il faut un équilibre des pouvoirs, une opposition résolue et démocratique. C’est possible si la gauche énonce clairement les véritables
enjeux de cette élection.
Quant au député sortant, cela fait 5 ans qu’à chaque perspective de remaniement on l’annonce ministrable…C’est normal, puisque la circonscription, pour lui,
est d’abord un tremplin permettant de satisfaire des ambitions nationales. Il occupe le champ médiatique mais déserte le terrain, pour réapparaître bruyamment, en caravane cette fois-ci, à la
veille des élections .La presse locale l’a justement dépeint comme « un forain ».
Mais face à la gravité de la situation locale, nous avons besoin, au contraire, d’un député enraciné localement. Le Sud Seine et Marne a vu
l’un de ses députés devenir Secrétaire d’Etat : le socialiste Alain Vivien qui fut un député exemplaire, fortement présent et ne négligeant aucun dossier local, quelle que soit son
importance Sans prétendre avoir son talent, je m’évertue à m’inspirer de son remarquable travail de terrain.
Le Citoyen : Vous avez été durant des années un proche de Jean-Pierre Chevènement. Aujourd’hui vous êtes en
conflit avec lui.
Pierre Carassus : Je n’ai aucun conflit avec lui mais j’ai des désaccords politiques. En 2002, j’ai refusé de le suivre dans
l’aventure du « pôle républicain » qui renvoyait en quelque sorte dos à dos la droite et la gauche. Avec Jean-Pierre Michel, aujourd’hui sénateur de la Haute-Saône, nous avons fondé la
Gauche Républicaine ; Jean-Pierre Chevènement a retrouvé sa place au sein de la gauche au point de considérer que son ami parisien Sami Naïr doit être son candidat sur la 3ème
circonscription de Seine-et-Marne. Cette logique électorale me paraît totalement contraire à la démocratie participative et citoyenne qui doit prévaloir aujourd’hui. Mettre ses actes en
conformité avec ses paroles, tel doit être le premier principe d’un homme ou d’une femme de gauche.
Le Citoyen : Si la droite l’emporte, ne risquez- vous pas de vous cantonner dans une opposition
stérile ?
Pierre Carassus : D’abord, les jeux ne sont pas faits ! On peut fort bien assister à un sursaut des électeurs de gauche qui
empêche Nicolas Sarkozy de s’appuyer sur une Chambre bleu horizon. Et de toute façon, qu’il soit dans la majorité ou dans l’opposition, un député, s’il prend sa tâche au sérieux, fait
œuvre utile. Alors que je siégeais sur les bancs de l’opposition, j’ai mené une action contre le travail des enfants qui m’a valu une lettre du président de l’Assemblée m’informant qu’il
saisirait les députés européens de la question. Et les grandes entreprises ont évolué sur ce sujet. Comme quoi il n’y a pas de fatalité, une charge élective peut être un puissant levier pour
faire bouger les choses.
Le Citoyen : Vous parlez souvent de dictature de l’argent : ces propos ne sont-ils pas
excessifs ?
Pierre Carassus : Comme je l’explique dans ma profession de foi, la mondialisation est un phénomène incontournable, mais
sous la houlette du capital financier, elle mène le monde à sa perte. Car la course au profit à laquelle elle donne lieu entraîne tout dans son sillage, les usines qu’elle délocalise,
les êtres humains qu’elle déracine, les Etats qu’elle déstabilise, la nature qu’elle épuise. Services publics, acquis sociaux, code du travail sont promis à la casse par la finance sans
frontières.
En fait, l’humanité est à la croisée des chemins. Ou le règne de l’argent l’emporte partout, dans tous les aspects de la vie, et les hommes seront les esclaves
du « veau d’or », même si certains ont des chaînes dorées…Ou bien – et je le souhaite et agis dans ce sens - nous serons capables de donner naissance à une nouvelle civilisation qui
verra s’épanouir le génie créateur de chaque être humain, dans le respect de tous, un monde dont les maîtres mots seront dignité et solidarité.
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